Danger de famine mondiale : lettre à Messieurs Ban Ki-Moon et Jacques Diouf



DANGER DE FAMINE MONDIALE :
 
LETTRE A MESSIEURS BAN KI-MOON ET JACQUES DIOUF
 
SECRETAIRE GENERAL DE L'ONU ET DIRECTEUR GENERAL DE  LA FAO
  
 

         Il existe nombre de faits et d'évènements qui, au quotidien, selon nos sensibilités et nos préoccupations, nous bouleversent dans l'actualité douloureuse de notre monde. Des femmes, hommes et enfants éprouvent chaque jour de la peine à survivre. Des êtres chers nous quittent. Des prisonniers croupissent dans des geôles et traités au mépris du droit, de la dignité humaine. Des religions sont profanées. Des hommes libres qui cherchent à vivre et à protéger leur intégrité et celle de leur famille sont pourchassés, humiliés aux frontières et à l'intérieur de pays d'où ils espéraient bâtir un avenir, si modeste soit-il. Des peuples, que l'histoire, depuis Sumer, a unis autour des mers et des montagnes, s'entretuent dans la passion et une haine sans nom. Les riches ferment leurs portes. Les pauvres semblent attendre un Dieu qui n'arrive pas. Des millions de personnes se réveillent avec moins d'un centime par jour, sinon les poches vides, et certains n'ont même plus de poches. La mondialisation se « tribalise » chaque jour sous nos yeux.

 

        Je suis bouleversé par les injustices de notre siècle. Si l'on y prend garde, l'humanité vivra un des siècles les plus cruels de son histoire. Le réchauffement climatique et les dérèglements des systèmes écologiques qui en résultent présagent d'un inquiétant avenir. La faim et la précarité de l'existence sont comme une armée invincible. Il faut agir. Par ailleurs, la libéralisation de l'économie mondiale semble tellement avoir accentué les déséquilibres  et les échanges mondiaux, qu'il faut mettre en place, sous l'égide de l'Onu, un Observatoire International de Maîtrise et de Régulation des cours des marchés mondiaux. Il s'agirait d'une haute instance de décision d'experts mandatés par le Conseil de Sécurité, jouissant d'une large autonomie, dont les arrêts ne seraient soumis à aucun veto et applicables sans recours par les Etats. C'est d'une dictature de justice des prix et des profits qu'il s'agit, avec des fourchettes et des moyennes à l'intérieur desquelles les Etats vendent, achètent, échangent. En somme, assurer une gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire. Tout le monde y gagnera. Il ne saurait y avoir de perdants lorsque le destin de l'humanité est menacé. Seront les gardiens de cette mesure, l'ONU, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l'Organisation Mondiale du Commerce, ainsi que la totalité des Grands Ensembles continentaux, régionaux, sous régionaux. Les hommes politiques n'ont jamais été autant interpellés sur l'avenir des peuples. Leur responsabilité est colossale. Puissent-ils en mesurer l'enjeu. L'économie mondiale a besoin d'être régulée, disciplinée, encadrée. Elle est devenue une jungle. Notre civilisation ne peut pas être celle d'une jungle. La priorité et l'urgence du moment restent la gestion des stocks céréaliers mondiaux et la maîtrise des cours des produits pétroliers. Il y faudra de l'autorité et un grand sens de la solidarité. Est-il vraiment juste et sensé de laisser tout le monde faire ce que bon lui semble au regard de son seul profit, au détriment de la plus grande majorité des peuples de notre terre ? Une telle injustice conduit au chaos ! Les révoltes et les guerres naîtront désormais de la faim, de l'humiliation, de la privation. Le  volume des budgets militaires devrait être reconsidéré au profit de l'agriculture. Le grand défi du 21ème sera celui de l'alimentation. Par ailleurs, la recherche du travail et du gain l'emportera sur l'école. Si le premier métier que l'homme apprendra à sa naissance doit être celui  d'apprendre à survivre d'abord, c'est-à-dire à trouver de quoi manger, où  sera la place de l'esprit ? L'école ne doit pas mourir. Elle nous émancipe de la bête humaine. Auparavant, il faudra manger, ou s'alimenter plutôt; je ne dis pas se nourrir, car se nourrir constitue déjà un luxe. Chez nous en Afrique, l'espoir de nos braves paysans dépend presque totalement de la pluviométrie. On sait combien elle se fait rare. Sans pluie, pas d'agriculture, pas de récolte. Le manque s'installe vite si l'Etat n'anticipe pas la pénurie. Sur d'autres continents, l'irrigation assure une quasi relative sécurité alimentaire. Pour dire que selon les pays, ce n'est pas la même faim. Finalement, par-dessus tout, la réponse, la vraie aujourd'hui, se trouve dans ce que l'écrivain Jacques Fame Ndongo appelle si sarcastiquement : « la civilisation du ventre ».                                           

 

               Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur le Directeur Général de la FAO, acceptez que je puisse vous soumettre respectueusement cette humble contribution. Puissiez-vous mettre davantage toutes vos forces et votre action au service d'un monde qui, demain, aura moins à souffrir de l'injustice, de l'égoïsme et de la faim. Même si Dieu n'existait pas, tout n'est pas permis. C'est d'un nouvel ordre moral qu'il s'agit pour commander un nouvel ordre économique alimentaire mondial !

 

Amadou lamine Sall
poète
président de la maison africaine de la poésie internationale –mapi-
Lauréat des Grands prix de l'Académie française



Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×