Hommage : L'Adieu à Maurice Sonar Senghor…

Hommage
L'Adieu à Maurice Sonar Senghor…
*Par Amadou Lamine SALL


C'est Jacqueline Lemoine qui, surprise et dévastée par la nouvelle, m'a appris que tu étais parti pour l'horaire des songes. Nous étions ‘sonnés’ par ta mort que nous avions du mal à prévoir de sitôt… comme si nous pouvions d'ailleurs, vaniteusement, la prévoir. La vérité, comme l'écrivait, je ne sais plus qui, c'est que l'être ne peut pas se donner lui-même la vie et ne peut pas repousser sa mort. Pour tout dire en un mot : ‘la naissance est le messager de la mort’. Le seul remède contre la mort, c'est de ne pas naître, comme le disait le défunt érudit El Hadji Ibou Sakho.
Mon cher Maurice, tu étais encore si rayonnant, si fort, si bien portant quand tu es venu assister au lancement de mon livre sur ton oncle au ‘Kadjinol’. Je t'ai revu à Sorano et nous avions longuement discuté de l'état de la marche de notre pays et du monde dans ce domaine qui nous tient en vie : la culture. Tu nous laisses bien seuls maintenant. Que puis-je donc écrire et dire de toi, sinon que tu fus d'abord, avant et après, et toujours, un seigneur, un homme qui, d'emblée, par sa tenue, sa vertu, sa voix, ses mots, rassurait, apaisait, captivait, charmait.

En plus, ton prénom et nom, Maurice Sonar Senghor, étaient pour moi une succession de sonorités heureuses, moelleuses, si douces, si agréables à prononcer. Tu étais tout entier une coulée d'eau fraîche (…). Ce n'est pas hasard si le poète président - c'est l'ordre alphabétique -, dépité et agacé par les mauvais ‘diseurs’ de ses poèmes, t'avait finalement désigné comme le seul dépositaire de la lecture de ses textes. Ta voix, oui ta voix florale, était unique comme celle de bronze brupt de notre regretté Douta Seck. Mais la raison était également que tu savais dire et avais la culture de dire les poèmes de Sédar. Tu le sais, il voulait qu'on les lise d'une voix monocorde, étale et harmonieuse. Tu le faisais avec grâce et bonheur. J'aimais t'écouter et je t'écouterais encore longtemps. Sur mon bureau, tu prêtes ta voix aux CD enregistrés par RFI sur la poésie de ton oncle.

Depuis ton sommeil, je t'écoute, je t'écoute, je t'écoute. J'avais tenu à ce que tu reviennes sur scène au Théâtre Sorano, lire pour nous en direct des poèmes de Sédar. Tu m'avais dit que tu préférais passer la main - j'allai dire la voix - aux jeunes. J'ai insisté car c'est toi que je voulais. Ce que je voulais surtout c'est que le public de la cérémonie des ‘Sédar’ organisé par ‘Nouvel Horizon’, te découvre, te connaisse davantage. (…) Je te voulais, là, sur cette scène et dans ce théâtre mythique - aujourd'hui hélas ‘démocratisé’, pour en dire moins - à qui tu as donné gloire et respect, aux côtés de Doura Mané, Douta Seck, Jacqueline et Lucien Lemoine, Raymond Hermantier, Jean-Pierre Leurs, et d'autres talents, plus tard, femmes et hommes de génie : Ismaïla Cissé, Guiro, Assi Dieng, Awa Sène Sarr et j'en oublie de bonnes graines. Et tu es venu comme je le voulais par amitié et affection pour moi (…). Et tu as dit les poèmes de l'enfant de Joal. Et le public a tressailli, il a retenu son souffle et a senti qu'il se passait là, devant ses yeux, quelque chose de beau et de rare. Cette magie, c'était toi mon cher Maurice Sonar Senghor. Tu étais vraiment magique.

A regarder au fil du temps partir des femmes et des hommes de l'art comme la diva Aminata Fall, Mariama Ba, Abdou Anta Ka, Senghor, Cheikh Anta, Djibril Diop Mambéty le Rimbaud du cinéma sénégalais que j'ai tant aimé, Sembène Ousmane l'iconoclaste, Birago Diop, Fatou Ndiaye Sow ma seconde maman, Sada Weindé Ndiaye qui nous manque tant, Mawade Wade et Kéba Mbaye ‘la montagne’ que je rajoute ici à dessein pour leur maestro, à regarder et à se souvenir dans le tri de tant de figures dont chacune a marqué ‘son art’, combien de lieux et de monuments nous faudrait-il - et il nous les faut - pour garder vivant dans la mémoire des générations futures, loin dans le temps, des êtres qui ont beaucoup donné à leur pays ?

Le projet de Panthéon à la sénégalaise du président de la République trouverait peut-être ici sa justification. C'est toi Maurice Sonar Senghor, c'est ta perte qui m'attriste tant aujourd'hui qui me fait penser et dire ici, que nous sommes un grand pays, un pays qui n'a pas le droit de baisser les bras, mais surtout le cœur (…).

Tu n'auras pas gravé dans l'eau les actions de ta vie si remplie. ‘Le chemin de chaque homme est un chemin vers lui-même’. Sachons dès lors rendre utile et généreux notre transit sur terre.

Tiens Maurice, Jacqueline et Lucien Lemoine ont juste levé leurs verres le 15 juillet, alors que je t'écrivais ces mots, pour marquer leur 43e anniversaire de mariage, ce que l'on nomme si joliment ‘les noces de flanelle’. C'est ton oncle qui écrivait qu'un pont de douceur reliait la vie à la mort. Tu étais si présent.

Comme le disait le poète, fasse donc qu'au ciel ‘Dieu te donne un arbre à l'ombre duquel un cavalier pourrait voyager durant cent ans’.

Nous viendrons nombreux prier pour toi.

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