La biennale de l'art africain contemporain : exister ou périr !

LA BIENNALE DE L’ART AFRICAIN CONTEMPORAIN :

                                           EXISTER OU PERIR ! 

  «    Vous nous conviez aujourd’hui à célébrer la capacité immédiate de l’homme à recréer le monde, à inscrire dans la matière les formes nées de son esprit, ces formes irriguées par les croyances, les mythes, les héritages. Celles aussi faisant leur part aux ruines de l’histoire et dans l’histoire. Celles enfin faisant leur part à la douceur de la terre et à l’espérance inscrite dans la vie.

          Tel est l’art.

         Il est le lieu de passage et d’affirmation, lieu d’incarnation et de transcription de la primauté de l’esprit.

       Certes, les conditions matérielles, les réalités  économiques qui existent aujourd’hui dans le monde, et en Afrique tout particulièrement, amènent certains à considérer un évènement comme cette Biennale, superflu et en conséquence, à la déclarer dans l’ordre des priorités convenues. Ceux-là oublient la terrible leçon de ce siècle et le bruit des armes qui nous viennent d’Asie, d’Europe et d’Afrique ».

          Nous sommes en 1990, au Théâtre national Daniel Sorano.

          C’est Jean-louis Roy, le Secrétaire Général de la Francophonie qui vient de prendre la parole lors de l’ouverture officielle de la première Biennale de Dakar, un an après sa création. Son discours est un morceau d’anthologie.

           Je dirige en cette année 1990 cette Biennale dont j’avais suggéré la création. Le Président Abdou Diouf avait donné son feu vert par un retour de courrier signé par Jean Collin, tout puissant Secrétaire Général de la présidence de la République de l’époque, en 1989. Comme premier Secrétaire Général nommé à cette fonction, je quitterais celles-ci en 1992 après la tenue de l’édition consacrée aux arts. D’abord parce que l’Union Européenne nous imposait son modèle d’une Biennale de l’Art Africain. Ce que je n’acceptais pas. Parce que le ministre de l’époque et moi ne partagions pas la même vision, ensuite. 

          24 ans avant, en 1966, un certain André Malraux, prenant la parole devant Senghor lors de l’ouverture officielle du 1er Festival mondial des arts nègres, disait ceci : «  Il s’agit pour l’Afrique d’être présente grâce à son art dans le trésor de la civilisation mondiale et d’être assez libre pour concevoir son propre passé du monde (…) Est-ce que vous saviez qu’un jour  ces malheureux fétiches que l’on vendait comme des fagots couvriraient le monde de leur gloire et seraient achetés par nos plus grands artistes ? (…) L’Afrique est assez forte pour faire son propre musée imaginaire toute seule, à la seule condition qu’elle ose le faire. Il ne s’agit pas d’autre chose. » 

         C’est justement parce qu’il ne s’agit pas « d’autre chose », qu’une fois pour toute, l’Etat du Sénégal qui a eu le génie et la volonté d’accepter la création de cette Biennale comme évènement majeur de l’actualité artistique nationale, africaine et internationale devenue incontournable, doit définitivement la mettre à l’abri de tout amateurisme, pire : jouer avec sa survie. Et pour cela, le président de la République du Sénégal qui a fait de son combat pour l’Afrique sa priorité et sa respiration, doit, sans tarder, - car lui seul peut prendre le raccourci - allouer un budget conséquent et définitif d’au moins un milliard de nos francs une année budgétaire sur deux à cette manifestation qui fabrique du rayonnement et de la renommée pour notre pays et qui tient l’Afrique éveillée. C’est bien par là que commence et que s’affirme toute renaissance africaine, c'est-à-dire notre propre prise en charge d’abord, ensuite et enfin. Ce n’est pas autrement que nous ferons moins sourire l’Europe et ses institutions financières fatiguées d’une Afrique mendiante à la sébile pourtant d’or. Faire le pari de la culture et des arts, c’est faire le pari du seul investissement économique qui vaille, celui-là qui conduit l’homme vers son plein épanouissement, l’affirmation d’une civilisation humaine haute par un esprit haut qui seul transcende les guerres, les cloisonnements, les rejets de l’autre, les haines. Ce n’est pas l’argent qui civilise. C’est l’esprit, l’éducation, la culture.  C'est cela qui donne la posture nobiliaire. C’est cela qui apaise. 

            A l’occasion de cette 9ème édition en cette année 2010 qui ouvre le 21ème siècle, il est bon en effet de s’arrêter pour faire le bilan du chemin parcouru et scruter l’horizon, celui qui mènera la Biennale vers le 22ème siècle. Tout de suite, sans hésiter, nous devons saluer la préservation de cette manifestation depuis 1990. Nous le devons à l’Etat et à sa volonté politique de la conserver qu’elle soit bonne ou mauvaise. Pour ma part, même en état de décomposition avancée, nous devrions la garder. Elle est déjà un acquis incontestable en Afrique et aux yeux du monde. Dans nos pays, pour peu, ce genre d’évènement disparaît de l’agenda culturel pour une raison commode, toujours évoquée : le manque de moyens financiers ! Le Sénégal a tenu. Le nouveau régime arrivé au pouvoir en 2000 a tenu. Nous devons nous en féliciter, même si la Biennale de Dakar a stagné dans son budget et pire : dans sa vision de refondation. Nombre de causes ont été brandies : la tutelle de plomb du ministère de la Culture qui dicte ses lois analphabètes en la matière au Secrétariat Général de la Biennale avec des fonctionnaires soumis. L’on me dira qu’un fonctionnaire n’a pas d’autres choix. Le manque total d’information du président de la République vers lequel ne remonte aucun grief, est frustrant. En effet, le Président est inaccessible au Secrétaire Général, sauf par la voie officielle filtrée et laissée au bon vouloir du ministre de la Culture et de son cabinet. Dans nos pays, hélas, seul le président de la République peut décider vite sur les enjeux, trancher les noeuds, tels que ceux qui étranglent la Biennale et permettre les correctifs nécessaires et incontournables à sa réussite comme évènement particulier avec des acteurs singuliers de par leur professions : artistes, galeristes, commissaires d’exposition, critiques d’arts, mécènes, revues spécialisées, agents d’art, collectionneurs, Fondations et institutions financières spécialisées, assureurs, transitaires spécialisés. La grande question de la Biennale de Dakar posée par de nombreux spécialistes et artistes, acteurs du jeu, est d’acquérir son indépendance structurelle et organisationnelle afin de se libérer d’une tutelle administrative bête, inintelligente, pesante, sans rêve et sans audace. Et ce sont ces tares qui, jusqu’ici, ont essaimé le cheminement de la Biennale de Dakar qui fête ses neufs ans en cette année 2010. Mais c’est connu, l’Etat ne rêve pas. Même Senghor faisait la part des choses entre  le poète et le chef de l’Etat, ce qui était sa force, sa part remarquable de rigueur, de prospective et d’autorité. Mais, il n’est pas interdit à un Etat de rêver, dés lors que rêver c’est vouloir autre chose que le présent, c'est-à-dire avancer, innover, évoluer, se dépasser et dépasser les prédécesseurs.  Si l’on a pensé et cru que la privatisation de la Biennale la sauverait enfin d’une administration qui la maintient dans des chaînes, je suis de ceux qui pencheraient pour une formule qui garderait un cordon ombilical entre l’Etat et la nouvelle structure, un système qui donnerait à la Biennale une large autonomie d’au moins 90% par rapport à l’Etat. Ce dernier continuerait à lui assurer une subvention substantielle tout en la laissant aller chercher d’autres financements extérieurs plus lourds auprès de multiples opérateurs moins soupçonneux de la présence d’un ministère prompt au rapt de tous fonds alloués.  En un mot, pour revenir à l’autonomie de la Biennale, le ministère de la Culture, donc l’Etat, serait représenté au sein du Conseil d’Orientation. Par ailleurs, un contrôleur financier de la République assurerait l’audit après chaque édition. Cet audit serait annexé au rapport critique d’évaluation de l’édition écoulée commanditée par la direction de la Biennale et le tout envoyé aux autorités dont le ministre de la Culture, le président de la République, pour information. 

           Durant ces vingt dernières années, retenons que la Biennale s’est tenue. Ce qui n’était pas une évidence. Que des artistes sénégalais et africains ont révélé des talents qui ont fait honneur à l’art africain contemporain. Que la Biennale, de par la rigueur de ses commissaires et la tentative appuyée de professionnalisation, a rendu service aux artistes locaux en les mettant face à leur responsabilité d’artiste confronté à d’autres talents qui ne souffraient d’aucune comparaison. Certes, une grosse frustration est née, des sorties musclées contre le Secrétariat Général de la Biennale s’en sont suivies. Mais, à la vérité, les plasticiens sénégalais sont restés trop longtemps confortablement murés dans leur certitude de grand artiste, alors que l’art évoluait, bougeait, mutait, se métamorphosait. De nouvelles formes et d’audacieuses inventions plastiques naissaient alors que ceux qui émergeaient apparaissaient encore comme de pâles copies des peintres de l’Ecole de Dakar, produisant un art facile et paresseux, un art alimentaire pour touristes pressés et fauchés. L’art sénégalais, c’est presque la panne générale, hormis quelques rares miraculés. D’aucuns, artistes et acteurs culturels à l’esprit court, nationalistes pour un sou, trop enclins à pencher pour la médiocrité, ont vite opté pour une stratégie du quota en faveur de la représentativité d’un plus grand nombre artistes locaux dans la grande exposition internationale de la Biennale à côté des sélectionnés au niveau international.  C’était rendre un mauvais service à nos plasticiens. Les quotas ne sont pas faits pour la création, la compétition, la recherche de l’excellence.  C’est encourager plutôt la banalisation de l’art et son accessibilité à talent zéro. L’art sénégalais ne s’est pas beaucoup renouvelé depuis le 1er Festival mondial des arts nègres. Ils sont peu nombreux, mais ils existent les artistes sénégalais qui ont pu se dépasser et accéder à d’autres forces de métamorphose. Ce ne sont pas les galeries dakaroises qui m’ont installé dans cette molle satisfaction, mais les après-midi que je passe les week-ends au village des artistes sur la route de l’aéroport de Dakar, visitant des ateliers et échangeant avec nos créateurs si ce ne sont pas  directement les visites d’ateliers à domicile. Par contre, la Galerie Nationale d’Art du Sénégal devrait offrir à nos plasticiens et sculpteurs, à chaque édition de la Biennale, une vitrine sénégalaise pour combler la frustration d’artistes zappés par la sélection internationale. Ainsi,  le public viendrait là découvrir ce que notre pays peut compter de meilleurs comme créateurs locaux. La sélection d’une telle exposition serait conjointement dirigée par la direction de la Galerie Nationale d’Art et par une solide et crédible représentation des artistes sénégalais eux-mêmes. Les artistes des régions de l’intérieur du pays ne devraient pas être oubliés. Dakar a tendance à prendre tout.

          La 9ème édition devrait mettre l’accent sur les performances. Je rêve de voir tous les artistes présents à Dakar s’approprier tous les espaces possibles de la capitale pour y laisser leurs marques artistiques. Le Maire de la ville devrait y être associé très tôt. L’Avenue Charles de Gaulle, autrement appelée les « Allées du Centenaire » - malheureusement dénaturée et dégradée par le commerce chinois devant le silence inacceptable de l’Etat- menant du rond-point après la banque de l’habitat jusqu’à l’Obélisque, pourrait être fermée à la circulation et offerte aux artistes qui décoreraient l’asphalte pour cinq heures d’horloge de performances. Les populations seraient invitées à venir participer à cette fête des pinceaux, car les populations manquent cruellement à la fête de la Biennale. Des ateliers de peinture pourraient être organisés sur la Place de l’indépendance en partenariat avec l’Unicef, le ministère de la Jeunesse, le ministère de la Famille ainsi que celui de l’Education, les groupes Orange, Tigo et Expresso. Il s’agit là, également, de rechercher un cachet populaire, populaire compris dans le sens d’un rapprochement didactique, pédagogique et humaniste des populations avec l’art. L art est pour moi une discipline qui embellit, apaise les désirs de confort de l’esprit, civilise, instruit, forme, éduque, nourrit. Tout être qui apprend à créer, apprend à se libérer, à vaincre la mort. « La meilleure part du savoir est dans le rêve ». L’art est à la fois un ordre intérieur, un ordre social, un ordre spirituel. C’est justement par ces passages que l’art contribue largement au concept de renaissance africaine. Une nouvelle création plastique africaine participerait de cette fameuse renaissance tant chantée. On serait tenté d’affirmer, si paradoxal que cela puisse paraître, que c’est un peintre de l’Occident, un Grand Blanc comme dirait Senghor, qui, le premier, donna le ton de la renaissance africaine en partant de l’art des masques africains pour renouveler son propre art et partant l’art occidental : je veux parler de Picasso, de sa résurrection, de son affirmation, son rayonnement mondial. Picasso c’est non seulement le signe et le symbole de la renaissance africaine, mais c’est également ce que l’Afrique a apporté au monde ! Ceux qui nous empruntent nos esthétiques, nos danses, nos chants, participent autant que nous à la renaissance africaine. C’est d’ailleurs pour cette raison que je penche pour la formule d’inviter à chaque édition un continent, à défaut, un pays étranger d’Europe ou d’Amérique ou d’Asie, pour que des créateurs autres que ceux de l’Afrique, viennent partager avec nous les œuvres nées de leur inspiration, de leur culture. Tout ce qui ne s’ouvre pas finit par sentir mauvais. C’est une loi de la nature. L’art africain n’a pas d’avenir s’il s’enferme sur lui-même. Il lui faut d’autres imaginaires. Il lui faut d’autres vécus. Il faut créer le choc des esthétiques. Il est arrivé le moment où l’art africain doit se déconstruire pour se reconstruire. Il nous faut désormais des mémoires en dehors de notre propre temps. L’art africain doit être dans le monde et non en dehors du monde. Nous devons « baiser » davantage avec l’Europe, l’Asie, l’Amérique et réciproquement, pour que notre art et leur art puissent secréter la magie, la force et la beauté dont seul le métissage est capable d’offrir. C’est pour quoi j’en appelle à cette ouverture sous forme d’un Salon dénommé «Salon des ailleurs » que les prochaines éditions de la Biennale pourraient adopter. Il nous faut des apports étrangers, métis, à la rencontre de nos artistes, des apports qui viennent s’ajouter à l’ensemble de  la spécificité africaine, encore que l’art africain contemporain n’est pas spécifique d’une seule et unique culture mais d’une multitude de cultures et d’identités. La création plastique africaine est une mosaïque qui n’obéit pas à une seule couleur, une même ligne, une même forme esthétique. 

             Souhaitons que dans dix ans, la Biennale de l’art africain contemporain soit en avance sur son temps, qu’elle ait épousé les formes modernes d’organisation, de préparation et d’anticipation d’un tel évènement en se départant d’un secrétariat général obsolète qui cherche à tout faire, à tout coordonner alors qu’un cabinet privé et agréé de management pourrait prendre en charge tous les aspects organisationnels : réservations des hôtels, des billets d’avion, du transport  au retour programmé des artistes invités et des œuvres, de la manutention, du transit, des assurances, du montage et du décrochage des expositions, de la mobilité intérieure, des cocktails et collations.  Il faut, en effet, que le Secrétariat Général de la Biennale soit déchargée des tâches qui ne doivent plus être de son ressort. Dans dix ans, souhaitons que la Biennale ait son propre musée imaginaire, comme parlerait André Malraux, un musée qui serait la voix et le témoin de ses centaines d’artistes qui, venus du monde entier depuis l’édition pour les arts de 1992, ont étalé leur talent et leur génie.  Rétrospective pour rétrospective, je pense ici aux artistes venus répondre à l’édition consacrée aux  arts en 1992 : l’Allemande Elvira Bach, l’Algérien Malek Salah, l’Argentine Maria Causa, l’Autrichien Peter Weihs, le Cubain Manuel Mendive, l’Américain Edward Clark, le Bengalais Ahmed Shahabuddin, la Québécoise Jocelyne Duschene, l’Ethiopien Zérihun Yetmegeta, la Française Eliane Larus, le Zimbabwéen Tapfuma Gutsa, le Belge Daniel Fauville, l’italein Gian Carlo Venuto, le Nigérian Muaina Oyélami, la Japonaise Toshi dont une œuvre majeure fut acquise par l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, la Luxembourgeoise Bétina Scholl Sabbatini, sans oublier les artistes du mroc, du Brésil, du Cameroun, de la Côte-d’Ivoire, de la Guyanne, de la Martinique, d’Haïti, du Ghana, du Mali, des Pays-Bas, de la Gambie, de la Guinée Bissao, et j’en passe. La Biennale de 1992 fut d’une belle et flamboyante crue !

       Dans dix ans, enfin, puisse la Biennale de l’art africain tout court  -car cet art sera forcément contemporain à moins d’être alors futuriste- reconquérir le monde, en donnant aux artistes africains de vivre de leurs productions, car ils ont trop longtemps donné le prestige facile à leur pays et gouvernement sans jamais en recevoir, en retour, le respect et le vrai prix dus à leur rang. Il est temps de ne plus se contenter de  la seule « dignité des mendiants » et d’allumer des lampes le jour pour appeler la nuit couvrir vite leurs misères, car la nuit est pudique.

      Les artistes ont rempli leur mission. Ce sont les politiciens qui ont échoué et qui ont mis l’Afrique au plus bas de la fosse. La renaissance africaine sera d’abord portée par les artistes et les créateurs, car ce sont eux les ancêtres fondateurs. Ce sont eux les fondamentaux. Ce sont eux l’Afrique prodigieuse. La politique portera toujours une Afrique maudite, tant que l’imaginaire des créateurs ne sera pas relayé par les politiques qui ont capturé leur peuple et les biens de celui-ci et qui font souvent de la culture leur salon de rire. Le Sénégal ne possède en dehors de la Biennale, et à moindre degré, le Festival de jazz de Saint-Louis, aucun autre évènement d’envergure internationale, ni économique, ni culturel, ni scientifique, qui le porte et le distingue. C’est une raison suffisante pour l’Etat et son chef de veiller sur elle. 

     Pour conclure, mes pensées pieuses vont à un grand frère, celui que je n’ai jamais eu, et qui a tant servi et donné à l’art africain comme critique: Amadou Guèye Ngom. Puissent ses analyses, ses coups de gueule, ses rares louanges, sa rigueur, sa finesse, sa belle intelligence, son courage et son audace servir notre pays, notre continent, nos artistes pour un art toujours majeur, toujours triomphant, toujours étonnant de beauté et d’émotion. 
 

                                                                  Amadou Lamine Sall

                                                                               Poète

                                           Lauréat des Grands Prix de l’Académie française

                                   

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