Pour un état palestinien indépendant et un peuple d'Israël reposé

«La meilleure vengeance est le pardon.» cher peuple de Palestine.
       Depuis 63 ans, vous dormez debout, cher peuple d’Israël.
       Il est temps de vaincre le soupçon et la hantise de la cohabitation guerrière !

        L’ONU examinera et décidera en ce mois de septembre si la Palestine aux mille indépendances chimériques, sera enfin, dans les faits, le 194ème État membre reconnu comme tel. La lutte serait gagnée d’avance, si les États-Unis d’Amérique s’arrêtaient de toussoter et d’éternuer. A chaque fois qu’il s’agit d’Israël, les États-Unis répondent à une question que personne ne se pose et ne répondent pas à celle que tout le monde se pose.  Les voies du pacte américano-israélien sont plus impénétrables que les voies du Seigneur ! Soit ! L’essentiel, c’est qu’au nom d’une générosité de l’intelligence, les États-Unis, ce peuple si sensible à la foi, nous aident à tirer la Palestine et Israël de la tragédie de la haine et du sang. Sur ce conflit qui semble attendre la mort de Dieu pour s’éteindre, la première puissance mondiale doit apporter une solution finale pour mériter son leadership et le respect de cette morale qui fonde son socle et qui, à défaut de s’étioler, fait douter depuis longtemps, au regard des champs de bataille que ce grand pays féconde avec violence et où ses enfants laissent leur vie au nom d’une cause qui ne dit pas son nom et que l’on voudrait admirable.

       Je voudrais dire ici combien il est légitime de militer pour la proclamation d’un État palestinien enfin reconnu par l’ONU et fêté par toute la communauté internationale. Il est temps d’avancer définitivement dans cette voie, car c’est le sens de l’histoire, qu’on le veuille ou non, pour pouvoir progresser enfin dans une solution dynamique d’ensemble. La proclamation de l’État palestinien protégera désormais et mieux Israël et garantira sa sécurité. La haine et la mort ont laissé des plaies béantes, difficiles à refermer mais qui se refermeront quand la considération et le respect réciproque s’installeront dans la dignité et l’humilité de chacun. Oui, la meilleure vengeance sera alors le pardon. C’est la répression, le mépris, le poids de l’humiliation, la pauvreté entretenue de l’entité palestinienne qui créaient le danger pour Israël. Toutefois, la question n’a jamais été par ailleurs simple, car nul n’est pour la destruction de l’État d’Israël. C’est insensé et inacceptable. Il faut savoir raison garder. Nous sommes en face de « deux peuples souffrants » qui doivent comprendre que « dans une guerre, on est toujours l’assassin de l’autre ». Si nous refaisons l’histoire de cette partie du monde, nous aurons déjà résumé la problématique sans être partial ni avec l’État d’Israël ni avec le futur État de Palestine. Senghor nous le rappelait : le peuple juif a apporté le message de la Bible. Le peuple arabe le message du Coran. Au temps du mandat britannique sur la Palestine, deux peuples luttaient, chacun pour son autodétermination et pour pouvoir bâtir un État indépendant sur la terre de ses ancêtres : le peuple juif et le peuple arabe. Cette lutte était légitime. Aujourd’hui que le peuple juif a bâti un État indépendant et souverain sur la terre de Palestine, le peuple arabe a un droit égal de bâtir, à son tour, un État indépendant et souverain sur l’autre partie, étant entendu que des rectifications de frontières, dans l’équité, sont possibles. Cependant, nous rappelle toujours Senghor, et c’est là le fondamental je crois, il faut que les Israéliens se sentent, non pas les représentants de la civilisation occidentale, de la civilisation albo-européenne, mais les représentants d’une civilisation sémitique parmi d’autres civilisations sémitiques. Il faut qu’Israël s’intègre dans le Moyen-Orient. Des solutions sont toujours avancées : un dialogue direct et indispensable entre les deux protagonistes. Se lier dans une première étape dans une confédération des deux États, juif et arabe. La fédération suivrait, plus tard. Utopie ? L’essentiel, pour nous, reste la paix, et la paix, c’est enfin la proclamation unilatérale par les Nations Unies d’un État Palestinien libre prenant en charge son propre destin face à un État d’Israël respecté et accueillant le premier, je le souhaite, un  ambassadeur palestinien en terre juive. Le monde ne s’en porterait que mieux, ouvrant enfin la porte au vrai dialogue qui est celui de la culture et des échanges économiques.

     Entre la peur et l’espérance, choisissons tous l’espérance avec un État palestinien qui saura guérir les blessures et sécher les larmes de son grand peuple longtemps souffrant. Mais également une Palestine digne de la confiance placée en elle, face à un État d’Israël non moins souffrant d’une histoire persécutée et comptable d’une histoire persécutrice. Un grand peuple cependant, qui a droit au repos et à la vie d’un pays normal. Un pays qui doit enfin comprendre qu’il s’est beaucoup trompé et que son avenir est dans la paix et non dans cette posture d’otage d’une guerre éternelle, totalitaire et identitaire que des dieux fous lui ont dictée.

     Israël n’a pas besoin d’être respecté. Il a besoin d’être aimé.
     La Palestine n’a pas besoin d’être aimée. Elle a besoin d’être respectée.
     Deux grands peuples partageant le même rameau chamito-sémitique et qui ont tant à apporter au monde au lieu de s’entre dévorer. La Palestine est emmurée vivante. Israël est emmuré dans la peur avec ce faux sentiment d’invulnérabilité et de superstition qui semble l’aider à vivre. C’est un orgueil poignant. C’est un courage d’apparat et de façade et c’est là qu’il est tragique. Il faut aider Israël à vivre libre, à vivre heureux sans cette hantise morbide du terrorisme, sans oublier cependant que c’est lui qui hypothèque sa propre liberté. La guerre doit être « la dernière activité d’une nation ». Il faut aller à la paix dans l’amitié avec la Palestine.  Il faut faire tomber les murs, ouvrir les yeux, ouvrir les bras, ouvrir les fraternités.
     Puisse la Palestine, c’est ma prière et elle n’est pas osée, devenir la fiancée d’Israël, au sens où la tradition appelait la belle sourate LV arus al-quran « la fiancée du Coran », comme le rapporte  l’écrivain franco-tunisien Abdelwahab Meddeb.
    Prier, rêver, c’est vouloir autre chose que le présent. Je souhaite demain au peuple Palestinien et israélien de vivre en osmose, confondus en un seul peuple de paix et d’amour. Il est temps que le nom d’Israël renvoie à la tranquillité et non toujours à l’intouchabilité, à la furie et au sang. De même, il est temps que la Palestine combattante renvoie au sourire et non toujours aux cris des mères, aux larmes des pères.

     Pour avoir été sur le théâtre d’opération en visitant comme poète et écrivain la Palestine, ses plaies, ses pages de larmes et ses lieux de mort, je peux affirmer que le conflit Israélo-palestinien a donné naissance à des monstruosités que les hommes chercheront en vain chez les bêtes. Pour chaque enfant tué, pour chaque homme tué, pour chaque femme tuée, pensons au temps qu’il a fallu, à l’amour qu’il a fallu pour faire cet enfant, pour faire cet homme, pour faire cette femme. Et cela vaut également et humainement pour les victimes, fils et filles d’Israël. C’est pour cette raison, qu’il faut aller vite, très vite vers la paix.

     Puisse l’ONU nous aider, hors de toute lecture partiale, par une solidarité du beau et de l’impératif, à faire de ce début du  21ème siècle, le siècle de la paix entre Israël et la Palestine.

                                                    ./.
                                                             
                                                                                 Amadou Lamine Sall
                                                                                             poète
                                                        Lauréat des Grands Prix de l’Académie française


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