Discours-Hommage au couple Lemoine

Théâtre National Daniel Sorano, le 14 décembre  

            Mesdames et Messieurs

            Chers amis d’ici et d’ailleurs 

        La cérémonie qui nous réunis ici en ce jour, semble vouloir enfin sacrer deux êtres d’exception, je devrais dire deux êtres réunis et confondus en  un seul être. En effet, si en mathématiques 1 et 1 font deux, en amour 1 et 1 font un. C’est bien de cette alchimie qu’il s’agit, quant on aborde Lucien et Jacqueline Lemoine. Et puis, chers amis, il y a bien longtemps que Lucien et jacqueline sont inscrits pour toujours dans l’histoire et dans l’histoire de nos cœurs.

        Pour tenir en une main toute la vie de Lucien et de Jacqueline LEMOINE, le poète Guillaume Apollinaire nous a offerts pour résumer ce couple d’un unique printemps, un seul vers, un vers somptueux: ces oiseaux qui n’ont qu’une seule aile et qui volent par couple.

        Longtemps, bien longtemps dans le temps, nos fils et petits-fils découvriront une femme et un homme qui ont servi les seuls espaces humains qui ne sont pas à vendre mais à conquérir : l’esprit et la pensée.

               Lucien et Jacqueline me ramènent à ces mots d’un jeune sinistré haïtien qui, après le passage d’un cyclone et face au secours qui arrivaient sous forme de denrées alimentaires, dit ceci : Nous ne mangeons pas pour vivre mais pour pouvoir lire. Ajoutez donc aux sacs de riz des caisses de livres.

    Je puis ici en témoigner : entre manger et lire, mes chers Lucien et Jacqueline, vous avez toujours choisi de lire, d’acheter avec le peu que vous possédiez des livres. Mes voyages à Paris m’ont bien souvent conduit chez des libraires, en votre nom. Je vous dois la découverte de grands textes qui continuent à remplir ma vie.

      Parler de mon compagnonnage avec vous, c’est évoquer l’arbre et son ombre, et grâce à votre don de soi, il est arrivé que l’ombre de l’arbre soit devenu un vrai arbre, comme aurait dit Khalil Gibran.

       Ce que vous m’avez justement appris c’est d’avoir faim des livres, d’avoir faim de connaissances. A la question : est-ce mieux d’écrire à la main ou à l’ordinateur ? vous êtes de ceux qui répondent : c’est toujours mieux de lire. Vous savez combien vous avez compté et combien vous comptez dans ma vie. Très jeune, vous m’avez indiqué non le chemin facile de l’écriture mais celui épineux de l’affirmation comme poète. En un mot, vous m’avez installé non dans le confort mais dans l’inquiétude, la seule qui conduit à l’humilité. A vous fréquenter au jour le jour, à vous écouter parler, vous m’avez appris à rester tard dans la langue pour mieux l’apprivoiser, cette langue française avec laquelle nous avons choisi de faire des enfants. Vous m’avez donné bien des clefs pour ouvrir les portes de la poésie. Je vous dois de découvrir alors, au bout de l’effort, la vanité des serrures. Vous avez nourri mon imaginaire, et plus que des amis, comme mon papa et ma maman, vous m’avez appris à faire de l’honneur et de la dignité mon repas et mon boubou.      

     Vous n’avez pas donné une mauvaise réputation à la culture, notre famille commune. Vous ne serez pas de ceux qui ont mis des moustaches à la Joconde. J’ai appris avec vous qu’un livre est un monde, que chaque page est une ville, chaque ligne une rue, chaque mot une maison. Vous avez été pour moi, comme Senghor, un musée vivant où je n’ai pas encore cessé de rencontrer de si belles œuvres et si nourricières. Dans votre vie si remplie, vous n’avez pas donné UNE place à la beauté, mais TOUTE la place.

             Le 20 décembre prochain, dans quelques jours, nous allons commémorer les huit de silence d’un poète et d’un homme d’Etat exceptionnel dont la vie se confond avec les vôtres : Léopold Sédar Senghor. C’est en 1966 en effet,  lors du 1er Festival mondial des arts nègres, qu’il vous a accueillis et gardé au Sénégal. Le Président Abdou Diouf a consolidé cet accueil dans une profonde affection. Le Président Wade, dans la continuité de ses prédécesseurs, s’enquiert de votre réveil chaque jour et veille jalousement sur votre vieillesse. Vos amis et vos nombreux admirateurs présents dans cette salle à vos côtés, ce soir, vous entourent d’une attention et d’un attachement qui ajoutent chaque jour, je suis sûr, des battements à votre cœur. Nous serons toujours là pour que vous gardiez votre cœur de 16 ans !

             Merci tout particulièrement à  Germaine Acogny pour les sorties à Toubab Dialaw où Lucien et Jacqueline aiment tant aller se reposer, loin de Dakar. Un merci profond, un merci d’altitude comme dirait le poète à Madame Balin, cette Grande Dame qui a eu la généreuse initiative de cet hommage auquel nous prenons part ici, avec son association « Triangles ». C’est fort humblement que la MAPI  s’y est associée, car Lucien est le Secrétaire général de la maison africaine de la poésie internationale créée en 1998 avec sa biennale internationale de poésie qui fêtera sa 8ème édition en novembre 2010.

        Puisse l’arithmétique du divin vous laisser encore longtemps avec nous et parmi nous, cher Lemoine, pour faire connaître encore et encore au monde deux êtres d’exception que nous aimons, que nous aimerons toujours et qu’il est difficile de ne pas respecter.

           Oui, mes chers Lucien et Jacqueline, vous êtes à tout jamais  à l’abri de la mort, c'est-à-dire de l’oubli !  Merci d’exister pour nous… pour moi. 

                                       Amadou lamine Salle ,  poète                        

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