Amadou Lamine SALL, poète : Liberté de presse au Sénégal ? Regardez devant les …tribunaux _ 'Si la Francophonie n'était pas aujourd'hui une catastrophe…

édition du mardi 24 juillet 2007
Amadou Lamine SALL, poète : Liberté de presse au Sénégal ? Regardez devant les …tribunaux

Le Sénégal est parvenu à relever le défi de l'organisation du 73e Congrès des Poètes, essayistes, nouvellistes (PEN) international, symbole de l'Association mondiale des écrivains pour la promotion de la littérature et la défense de la liberté d'expression. Mais au-delà du Sénégal, c'est l'Afrique qui était ainsi mise à l'épreuve. Et pour le poète Amadou Lamine Sall, qui livre cette analyse, cela a permis de montrer que l'Afrique doit à l'avenir occuper plus de place dans l'organigramme et dans l'exécutif même du PEN international. Le vice-président du PEN Sénégal revient, en outre, dans la première partie de cet entretien sur la question des libertés au Sénégal.

Wal Fadjri : Le Sénégal a abrité du 04 au 11 juillet 2007 le dernier Congrès du PEN international, quel bilan tirez-vous de cet événement ?
Le Sénégal est parvenu à relever le défi de l'organisation du 73e Congrès des Poètes, essayistes, nouvellistes (PEN) international, symbole de l'Association mondiale des écrivains pour la promotion de la littérature et la défense de la liberté d'expression. Mais au-delà du Sénégal, c'est l'Afrique qui était ainsi mise à l'épreuve. Et pour le poète Amadou Lamine Sall, qui livre cette analyse, cela a permis de montrer que l'Afrique doit à l'avenir occuper plus de place dans l'organigramme et dans l'exécutif même du PEN international. Le vice-président du PEN Sénégal revient, en outre, dans la première partie de cet entretien sur la question des libertés au Sénégal.

Amadou Lamine SALL : Je dois d'abord dire qu'au-delà du Sénégal, c'était un défi pour l'Afrique de relever l'organisation de ce 73e Congrès. Et c'est pour une raison toute simple. Depuis 1921, l'Afrique n'avait jamais reçu ce Congrès du PEN international. Et comme également l'Afrique occupe très peu de place dans l'organigramme et dans l'exécutif même du PEN international, il y avait quelques réticences à confier l'organisation d'un tel congrès à l'Afrique. Finalement, le bilan qu'on peut en tirer est un bilan très positif. Je viens juste de recevoir, il y a 48 heures, (l'entretien s'est déroulé le vendredi 20 juillet, Ndlr), une lettre du PEN international, adressée au bureau du Centre PEN Sénégal, pour dire la satisfaction du PEN international d'avoir vu ce congrès répondre à toutes leurs attentes. Je ne peux pas dire qu'ils étaient surpris. Mais en tout cas, ils ont été agréablement surpris de voir que l'Afrique avait véritablement organisé quelque chose de très fort. Et ils disent même dans leur lettre que nous avons mis la barre tellement haute qu'ils ne savent pas si les prochains congrès, qui auront lieu en Europe, en Asie et ailleurs dans le monde, atteindront la dimension d'une telle organisation que le Sénégal leur a offerte.

Wal Fadjri : Et comment s'est fait le choix du Sénégal ?

Amadou Lamine SALL : Tout est parti d'un Congrès, il y a quelques bonnes années où Alioune Badara Bèye avait représenté le Centre PEN Sénégal. Et la candidature du Sénégal avait été posée. Et évidemment dans un tel Congrès, où l'Afrique est très minoritaire, il a fallu se battre pour que cette candidature soit acceptée. Parce que les règles du PEN international sont très strictes. Il faut d'abord que la candidature soit acceptée. Il faudra également répondre aux critères que le PEN international vous soumet. Il faut présenter un budget et discuter pendant près d'un an avec Londres où il y a le siège et arriver enfin à organiser ce Congrès. Les critères qui avaient été particulièrement mis en place d'ailleurs, c'étaient : un pays démocratique où les libertés d'expression étaient respectées ; et où le gouvernement, qui dirigeait tel ou tel pays, était bien vu au niveau de la gouvernance. Le Sénégal remplissait ces critères au regard du PEN international.

Wal Fadjri : Qu'est-ce que le PEN Sénégal a concrètement fait pour le respect des droits de l'homme, de la liberté d'expression, la bonne gouvernance…

Amadou Lamine SALL : Cette question a d'ailleurs déjà été posée par certains journalistes qui, comme par hasard, découvraient l'existence du centre PEN Sénégal. Et ils ne comprenaient pas qu'un tel Centre puisse se taire sur certains événements qui se déroulaient au Sénégal et en Afrique. L'explication est à la fois très simple et très complexe. Parce que le PEN Sénégal a beaucoup travaillé sans communiquer. Mais nous avons, par exemple, beaucoup voyagé. Nous avons eu beaucoup de contacts dans certains pays africains (comme en Guinée, en Gambie…) pour soutenir les PEN. Et nous allons nous investir au Cameroun, au Congo, etc. Et même, quand il y a eu des événements malheureux en Gambie avec l'assassinat de votre confrère, le journaliste Dayda Haïdara, nous avons réagi -à l'image du PEN international- pour condamner cet assassinat. Avec ce congrès qui vient de se tenir en terre africaine, nous allons corriger certaines erreurs de communication et montrer ce que nous avons fait au regard des missions qui sont confiées au Centre PEN.

Wal Fadjri : L'ex-secrétaire général du PEN international, Mme Joanne Leedom-Ackerman, a souhaité la suppression de l'article 80 au Sénégal. Est-ce que le PEN Sénégal est prêt à suivre ce dossier ?

Amadou Lamine SALL : Nous avons dit qu'il n'était pas acceptable qu'on puisse justement avoir un tel article. Et que le président de la République lui-même l'a compris. Il avait lui-même fait la proposition de supprimer cet article. Pour ma part, j'ai dit à la presse que j'aurais souhaité que la première intervention de la nouvelle Assemblée nationale soit de supprimer cet article. Mais il faut qu'on s'entende. Parce qu'il n'y a pas que cet article. Il y a également le problème de la presse au Sénégal. Je pense qu'il faut que chacun prenne ses responsabilités. Un de vos collègues m'a posé la question de savoir : 'comment le Pen pouvait organiser un congrès international au Sénégal, dans un pays qui n'était pas démocratique, où les journalistes étaient devant les tribunaux à cause des nombreuses diffamations ?'. Je lui ai dit que c'est vous-même qui avez prononcé le mot 'diffamation'. Et que signifie ce mot ? Une diffamation, c'est de dire des choses qu'on ne peut pas prouver et qui sont inexactes. Et je lui ai dit que plus qu'il y aura des journalistes devant les tribunaux sénégalais, plus je crois, on peut dire qu'il y a liberté de presse. Parce que s'il n'y avait pas une liberté de presse, une liberté d'expression, les journalistes ne seraient pas devant les tribunaux en si grand nombre. On m'en a voulu d'ailleurs (rires) d'avoir dit cela. Mais je crois qu'au regard de ce qui se passe sur le continent africain et même au-delà du continent africain, notamment en Amérique latine, en Asie, je pense quand même que nous avons une très relative liberté de presse au Sénégal. Et tout le monde peut en juger. J'ai rencontré ici des journalistes de l'Afrique de l'Ouest, qui étaient venus pour quelques semaines et que finalement ils sont restés pour travailler au Sénégal. Parce qu'il y avait une plus grande liberté de presse, une plus grande indépendance au Sénégal que dans leurs propres pays. Seulement, il faut avancer. Et je veux dire par là, qu'il faut davantage qu'il ait de responsabilité de part et d'autre. Il n'est pas question du tout de laisser les journalistes dire et faire ce qu'ils veulent. Et qu'il n'est pas question également pour l'Etat de mettre les journalistes en prison. Il faut un juste milieu.

Wal Fadjri : Le Sénégal, c'est également ces différentes œuvres qui sont censurées par les autorités…

Amadou Lamine SALL : Je suis un poète et un homme libre. J'ai dit que j'avais acheté les livres de Latif Coulibaly sans problème, ici à Dakar. Alors que d'autres m'ont dit qu'ils avaient des problèmes pour trouver ces livres. Pour ma part, j'avais envie de lire Latif Coulibaly, parce que j'aime beaucoup ce qu'il fait, et je n'ai eu de problème pour trouver ses œuvres. Je les ai achetées d'ailleurs devant un feu rouge en achetant mes journaux le matin. Je ne suis pas allé en librairie. Je ne savais pas que le livre était interdit en librairie. A mon avis, il faut qu'on soit sérieux. Et que chacun prenne ses responsabilités. Si j'étais un libraire, je vendrais les livres de Latif Coulibaly et des autres, parce qu'il y a une forte demande pour lire ces œuvres jusqu'au jour où, on viendra m'interdire de les vendre. Ou jusqu'au jour où j'aurais une descente de police ou si la Dic me convoque. Mais rien n'empêchait ces libraires à vendre ces livres, dont vous me parlez. Un certain Mody Niang a dit dans la presse que je faisais le jeu du pouvoir. Et que je savais très bien que ces livres ne pouvaient pas se vendre en librairie. Mais non ! Il n'a pas raison. Je ne fais pas le jeu du pouvoir. Je suis un homme libre. Et il ne s'agit pas de critiquer le pouvoir pour le critiquer… Je suis contre les livres qu'on interdit. Parce que cela n'a pas de sens. On ne peut pas interdire un livre. Même si, on l'interdit en librairie, on peut le trouver sur le Net ; ou on peut se promener avec d'aéroport en aéroport. On a toujours constaté que quand un livre est interdit, on le trouve plus ailleurs.

Wal Fadjri : Comment s'est déroulée l'organisation matérielle de ce 73eme Congrès de Dakar, si on sait qu'à deux semaines de l'ouverture, le bureau du PEN Sénégal avait fini par sonner l'alarme face au retard de la subvention (de 100 millions) de l'Etat du Sénégal ?

Amadou Lamine SALL : Vous savez qu'il est impossible d'organiser un tel Congrès sur une telle durée (presque dix jours) avec près de 300 délégués sans un soutien effectif de l'Etat. Il n'y a aucune association qui puisse faire face à des frais d'organisation d'un tel Congrès. Et nous avions peur à quelques semaines de ne pas encore avoir reçu complètement les assurances financières de l'Etat du Sénégal. Mais tout est rentré dans l'ordre finalement au bout de quelques jours. Le président de la République et le gouvernement ont apporté l'aide nécessaire pour la bonne tenue de ce Congrès.

Wal Fadjri : Si nous parlons de la participation sénégalaise à ce Congrès, des frustrations ont été notées avec ces écrivains qui n'ont pu participer à ce Congrès...

Amadou Lamine SALL : Je ne sais pas ce que vous appelez 'des écrivains qui n'ont pu participer à ce Congrès…'. Ce qu'il faut savoir, c'est que le PEN Sénégal est un Centre qui a ses membres. Le Centre PEN Sénégal est différent de l'Association des écrivains du Sénégal, où on accueille des écrivains qui ont écrit des œuvres de fiction. Ils viennent s'inscrire librement. Et l'association juge si l'œuvre a été éditée par une maison d'édition et non pas par un compte d'auteur par exemple. Le Centre PEN reçoit des écrivains qui écrivent non seulement des œuvres de fiction mais également des écrivains comme, par exemple, des journalistes ou des chercheurs, des philosophes qui ont écrit des œuvres qui ne sont pas des œuvres de fiction. Donc le PEN est beaucoup plus ouvert que l'Association des écrivains du Sénégal. Aujourd'hui, je peux vous dire que tous les écrivains membres du Centre PEN, tous les hommes de culture, les intellectuels membres du PEN Sénégal ont pris part à ce Congrès.

Wal Fadjri : Le Sénégal se réjouit -au nom de l'Afrique- d'avoir relevé le défi de l'organisation du 73e Congrès du PEN international. Qu'est-ce qu'une telle performance pourrait apporter de plus au vécu du Livre africain ?

Amadou Lamine SALL : Vous posez un problème très important, c'est celui de la promotion, de la diffusion des œuvres. Qu'il s'agisse des femmes écrivains ou des hommes, je pense que le problème de l'édition, ce n'est pas seulement de faire paraître des œuvres. C'est également de les promouvoir, de les diffuser. Il ne sert à rien d'écrire un livre, de l'éditer et d'en rester là. Mais ce n'est pas à l'écrivain de faire par exemple du porte-à-porte pour vendre son livre… C'est une politique culturelle d'ensemble. J'ai dit à des journalistes que le projet du président de la République d'une maison d'édition au niveau panafricain était un très bon projet, mais qu'il faut (le) structurer. C'est-à-dire que le plus important, je crois, c'est la diffusion, la promotion, la circulation et la traduction des œuvres africaines. Parce que ce qui se passe à Lomé n'est pas connu à Dakar. Ce qui se passe à Johannesburg n'est pas connu à Abidjan. Il faut que les écrivains se connaissent d'abord et que les œuvres circulent sur le continent. Si la Francophonie n'était pas aujourd'hui une catastrophe (Ndlr, il se répète !), on aurait dépassé ce problème. Parce qu'il appartenait à la Francophonie, quand bien même, de faire en sorte que le livre africain puisse circuler librement dans l'espace francophone. Dans les années 70/ 80, la Francophonie avait fait un excellent travail dans ce sens. Notamment au niveau de l'édition, de la promotion des livres de jeunesse, de la circulation des œuvres. Mais, aujourd'hui la Francophonie est absente dans le domaine du Livre. Elle ne s'occupe, hélas, que de politique. Mais ce pourquoi, elle avait été pensée et conçue, elle en a démissionné.

Wal Fadjri : Pourtant, c'est un de vos compatriotes qui est à la tête de la Francophonie…

Amadou Lamine SALL : Ce n'est pas le compatriote Abdou Diouf qui m'intéresse. Parce que Abdou Diouf n'est certainement pas à la Francophonie pour les Sénégalais ou le Sénégal. Il occupe un poste international. Et il a même eu à dire, selon certains, qu'il n'est pas là 'pour le Sénégal, mais pour une politique d'ensemble au sein de la Francophonie'. Ce n'est pas le Secrétaire général qui m'intéresse, encore qu'il devait pouvoir avec son équipe essayer de remettre en orbite une politique du Livre qui est capitale au sein de la Francophonie. Vous savez, il y a l'alibi qu'on vous fournit toujours à la Francophonie en disant : 'nous, nous exécutons les missions qui ont été données par les chefs d'Etat'. Mais je trouve que c'est trop facile. Il est possible de dire à ces chefs d'Etat que les axes vers lesquels vous placez la Francophonie ne sont pas fiables pour la Francophonie. Il est inacceptable qu'une instance comme la Francophonie ne mette pas un accent sur la culture et particulièrement sur l'aide, la promotion et la diffusion du livre entre les pays du Nord et les pays du Sud. Sans parler maintenant de l'impossibilité du Sud de circuler vers le Nord, en plus du problème des visas (…). Je crois que la mission de la Francophonie doit également consister à faire en sorte que le multilatéral vienne au secours du bilatéral. Et que les créateurs, les écrivains du Sud puissent enfin circuler librement vers le Nord. Et que la Francophonie soit une réalité et qu'elle cesse d'être un leurre.

Wal Fadjri : Il faut reconnaître que la promotion du livre au niveau national fait aussi défaut.

Amadou Lamine SALL : Je ne suis pas d'accord avec vous. Parce qu'avec le directeur du livre, Sahite Sarr Samb, vous verrez avec lui, le nombre d'œuvres que la direction du Livre et de la lecture à aider à paraître. Peut-être que les budgets ne sont pas conséquents pour avoir une bonne politique du Livre, mais il y a une volonté manifeste. Si elle n'existait pas je l'aurais dénoncé. Les écrivains du Sénégal au sein de l'Association ont toujours interpellé le président de la République en lui disant qu'il faut nous aider pour qu'il ait davantage d'aide au prêt des maisons d'édition pour qu'elles puissent faire leur travail. Et la réponse du chef de l'Etat a été de donner 500 millions pour l'aide à l'édition. Ce qu'il faut souhaiter, c'est que cette aide vienne vite. Mais je crois que la politique nationale du Livre, ce sont les moyens qui manquent. Et si l'aide à l'édition arrive, nous pourrons régler certains problèmes.

Wal Fadjri : Un fonds Spécial d'aide à l'édition a été annoncé depuis deux ans, mais les écrivains n'ont encore rien vu…

Amadou Lamine SALL : La requête des écrivains a été agréée et acceptée par le président de la République. Moi-même, je me pose la question de savoir pourquoi elle n'a jamais été mise en place. Parce que personnellement, je le suivais. Le président de l'Association des écrivains aussi le suivait. Mais on n'a pas compris comment se fait-il que ce fonds Spécial puisse ne pas être jusqu'ici mis en place. Mais cette fois-ci, j'espère que ce sera la bonne. En tout cas, nous allons tous nous y atteler pour que nous puissions l'avoir dans les meilleurs délais.

Wal Fadjri : Le président Wade lors de l'ouverture du congrès du PEN avait révélé sa volonté de faire passer le fonds à l'édition de 40 à 500 millions. A votre avis, ce fonds sera-t-il différent de ce fonds classique, géré par la direction du Livre ?

Amadou Lamine SALL : Ce que je comprends, c'est que le budget de la direction du Livre et de la lecture pour l'aide à l'édition est un budget différent de ce grand fonds qui a été annoncé par le président de la République. Et je pense que ce fonds va être géré par un comité ad hoc en rapport avec le ministère de la Culture. Mais il faudra bien le gérer. Parce que depuis l'annonce de ce fonds, on a beaucoup de maisons d'édition et qui sont nées dans les salons.

Wal Fadjri : Vous avez vu des maisons d'édition nées dans les salons ?

Amadou Lamine SALL : J'ai envie d'être méchant (rires). Mais c'est pour dire que ce fonds a du bon. Parce que je crois que plus il y aura des maisons d'édition, plus on donnera des chances à la jeune génération de voir leurs livres sortir. Il y a certains qui ne sont pas d'accord avec moi. Ils pensent qu'il y a trop de maisons d'édition au Sénégal et que celles-ci ne remplissent pas les conditions d'être une maison d'édition. Et ces maisons doivent être écartées du fonds d'aide. Je pense qu'il faut un minimum de critères d'exigence. Mais l'essentiel est de permettre à tous ces poètes, écrivains dans ce pays d'avoir la chance de voir leur livre sortir, mais à condition que ces œuvres soient de bonnes œuvres. Et que les gens prennent le temps de travailler.

Wal Fadjri : C'est pourquoi des intellectuels regrettent l'absence d'une critique réelle de certains écrits.

Amadou Lamine SALL : C'est un des fléaux de notre pays : le refus de la critique. On ne peut rien faire sans critique. Moi je suis un poète et un écrivain malheureux. Parce que je ne trouve pas en face de mes œuvres une bonne critique qui me remet en cause et qui me permet d'avancer dans mon écriture. Mais c'est notre culture. Nous n'avons pas la culture de la critique. Parce que, que ce soit les hommes politiques, les artistes, les écrivains, le Sénégalais si tu le critiques, tu as sur le dos sa mère, son oncle, son père, ses sœurs, sa tante et ses amis. Et même ses amis morts se réveillent pour vous empêcher de dormir. Alors je pense que nous avons besoin des critiques. Les écrivains, les poètes, en ont besoin. C'est cela la démocratie. Je pense que c'est dans cette liberté de donner à chacun la liberté de lire une œuvre et de dire qu'elle n'est pas bonne, de lire un article de presse et de dire non, je ne suis pas d'accord, de se lever et de dire que non je suis contre ce décret, cette loi… je pense que c'est ce qui peut nous enrichir. Mais il faut le faire avec respect et avec professionnalisme. Il ne s'agit pas de critiquer pour critiquer. La critique ne veut pas dire l'insulte, ni la diffamation. La critique est une œuvre d'art. Et c'est cela le plus important. (…) D'ailleurs, la Maison africaine de la poésie internationale va organiser à la rentrée d'octobre deux journées sur la critique pour réveiller un peu nos universitaires qui dorment. Je suis malheureux de voir que nous avons des universitaires tellement brillants mais qu'on ne voit pas. Il faut les réveiller, les faire sortir de l'Université pour qu'ils viennent nous parler et critiquer nos œuvres pour que l'on puisse avancer.

Wal Fadjri : Quel est le sens de l'appel lancé en prélude au Congrès demandant aux artistes, aux acteurs de la société civile d'intégrer le PEN Sénégal. Parce qu'à votre avis, l'avenir de l'Afrique, c'est la société civile ?

Amadou Lamine SALL : J'ai toujours dit que si l'Afrique est aujourd'hui dans la situation dans laquelle elle se trouve, c'est que les politiciens ont échoué. Je le répète et je le maintiens. Regardez par exemple, ce qui se passe au niveau de l'Union africaine, avec ce sommet d'Accra où on avait envie de voir tout de suite l'Afrique aller à l'Union. Et nous n'avons pas eu justement le résultat escompté. Nous allons peut-être attendre encore des mois ou quelques petites années pour voir l'Afrique se fédérer. Je pense qu'aujourd'hui l'avenir appartient à la société civile. Regardez le cas de la Mauritanie, c'est la société civile qui a pratiquement contraint les militaires à faire ce qu'ils ont fait. C'est-à-dire à aboutir à cette belle démocratie qui est devenue un exemple en Afrique. La société civile doit prendre ses responsabilités. Parce que les hommes politiques, pour ma part, ont échoué. Et ils ont beaucoup échoué.

 
*Propos recueillis par Fatou K. SENE & Mbagnick NGOM

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