Amantes d'aurores (poèmes)

AMANTES D'AURORES / AURORAS’ LOVERS

Je t'ai cherchée partout et nulle part
entre la fleur et la tige
entre le jour et la nuit
parmi les rires du sommeil
parmi les caresses de l'absence
Où es-tu fille de la nuit
déjà le poème s'essouffle et les mots s'esquivent
la plume danse des arabesques saoule de son vin noir
les voyelles sont distraites
et les consonnes rétives errent en procession
sur le vide de la page qui bâille
Tu seras seule à comprendre ce soir pourquoi
j'écris ce poème de sexe et d'olive de sang et d'amour
Je voudrais te parler dans le ventre de la nuit
à l'heure où des miettes d'étoiles dansent sur ta bouche
de miel et de fièvre
Où es-tu fille de la nuit
je sais que tu reviendras
parce que je suis le fauve de ta tanière
le reptile qui te serpente et qui te ramène à la lumière
du jour
Déjà je mords tes paumes
et chante dans la fraîcheur de tes cheveux
et je n'ai plus d'oreille que pour l'évangile de ton chant
quand l'harmattan du désir
flagelle nos corps
Tout à l'heure quand je te retrouverai
tu me diras l'heure
et plus tard tu me rediras l'heure
nous irons acheter des journaux de droite et de gauche
gauche-droite droite-gauche
Je les lirai de l'est à l'ouest
tu les commenteras du nord au sud
puis nous les disperserons à tous les vents
aux quatre coins de l'analphabétisme et de la faim
Nous irons ensuite écouter les politiciens
il y en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs
des menteurs sérieux graves
des prophètes à la bonne heure
Car il paraît que le COMMUNISME est à bannir pour
la paix du monde
le CAPITALISME à combattre pour la paix
du monde
le SOCIALISME à redéfinir pour la paix du monde
et que pas une nation n'a pris pour idéologie l'AMOUR
Nous irons vivre ailleurs
car Dieu doit habiter ailleurs
Nous ferons des enfants de toutes les races
je t'aiderai à bercer les uns à faire manger les autres
Je sais qu'ils seront beaux nos enfants
et qu'ils n'entrerons pas dans la vie par la grande porte de
l'argent et de l'insolence
ni par celle de la vanité et de la lâcheté
Ils ne seront ni les aînés de la bassesse
ni les benjamins de l'assassinat
J'irai avec toi par toutes les routes offertes aux pas
semer à la berge des souffrances les premiers plants
de la LIBERTE
Nous bâtirons des cités sans maisons et sans rues
sans prisons et sans haine
Manthie j'aurais tant aimé te mentir
te dire qu'aucun petit garçon n'a faim quelque part
sur la Terre
te mentir te dire
que les cimetières ont fermé leurs portes
te mentir te mentir Manthie te mentir
te mentir
pour que tu ne connaisses jamais la haine
pour que tu ne reconnaisses jamais le délire des fauves
pour que tu ne côtoies jamais l'orgueil et la folie sortie de
leurs grottes glacées
Te mentir Manthie
pour t'aimer d'innocence
Merci à toi Binta de Awa l'aurore
ma mère belle comme jamais sept lunes sur une
savane d'argent
Locataire du néant
fou d'une liberté sans terre
le monde est infidèle à mes rêves
Et les femmes sont amputées du rêve d'aimer
les hommes du rêve de vieillir
Les oiseaux du cœur ont donc migré la pleine lune
et je flirte avec des cœurs dégarnis
seul parmi la roche effeuillée
la fête des péchés
parmi l'arachide rebelle
parmi le mil rebelle
le coton rebelle
le germe rebelle
Seul avec l'hirondelle offensée
seul parmi l'enfance délaissée
le désir mutilé
parmi l'étoile faussée
l'émeraude brisée
les cauris effrayés
les cercueils cloutés
les fenêtres fermées les portes fermées
Je veille ces pays mon pays
ce pays fou de ses fils
fou de sa liberté
infidèle à ses rêves
Mon pays n'est pas né d'une femme…
et pourtant dans mon pays vois-tu
le soleil est une femme le jour est une femme
la joie est une femme le rêve est une femme
le pardon est une femme le chant est une femme
et je suis né du chant des femmes
Viens
partageons l'étoile tombée cette nuit
derrière le sommeil des Prophètes
J'aime regarder
le Sénégal s'endormir le soir sur tes paupières
et se réveiller le matin dans tes yeux
Tu seras l'Unique Miracle des goélands
la GRANDE TERRE
celle pour qui je veux encore
vivre et accepter D'AIMER
I looked for you everywhere and nowhere
Between flower and stem
Between day and night
Among the laughter of slumber
Among the caresses of absence
Where are you girl of the night
Already the poem is out of breath and the words are slipping away
The pen, inebriated by the black wine, is dancing arabesques
The vowels are distracted
And the stubborn consonants are wandering in procession
On the emptiness of the yawning page
You will be the only one to understand tonight why
I am writing this poem of lust, olive, blood and love
I would like to speak to you in the deep of the night
When crumbs of stars are dancing on your mouth
Of honey and fever
Where are you girl of the night
I know that you will come back
For I am the lion of your den
The reptile that serpentizes around you and brings you back
To daylight
Already I am biting your palms
And singing in the coolness of your hair
And I only have ears for the gospel of your voice
When the Harmattan of desire
Flogs our bodies
Soon when I will see you again
You will give me the time
And later on you will give me the time again
We will go to buy newspapers right and left
Left-right right left
I will read them from east to west
You will comment on them from north to south
Then we will throw them in the winds
To the four corners of illiteracy and hunger
We will then go to listen to the politicians
They come in all sizes and colours
Solemn serious liars
Opportune prophets
For apparently COMMUNISM must be banned if
The world is to be at peace
CAPITALISM must be fought if the world
Is to be at peace
SOCIALISM must be redefined if the world is to be at peace
And not one nation adopted LOVE as ideology
We will go to live somewhere else
For God must be living somewhere else
We will make children of all races
I will help you rock the ones and feed the others
I know our children will be beautiful
And that they will not enter life through the large door of
Money and insolence
Nor that of vanity and cowardice
They will neither be baseness’s eldest children
Nor murder’s youngest children
I will go with you on all the roads that can be walked
To sow on the bank of suffering the first seedlings
Of FREEDOM
We will build cities without houses nor streets
Without jails nor hate
Manthie, I would have liked so much to lie to you
To tell you that hungry little boys do not exist anywhere
On Earth
To lie to you to tell you
That cemeteries have closed their gates
To lie to you to lie to you Manthie to lie to you
To lie to you
So that you never know hate
So that you never recognize the lions’ madness
So that you never come into contact with the pride and madness
Coming from their freezing cave
To lie to you Manthie
To love you innocently
Thank you Binta de Awa the aurora
My mother forever beautiful seven moons on a
Silver savannah
Lodger of nothingness
Crazy about a freedom with no land
The world is infidel to my dreams
And women are deprived of the dream to love
Men of the dream to age
The birds of the heart have thus migrated the full moon
And I am flirting with bare hearts
Alone among the plucked rock
The sin festival
Among the rebel peanut
Among the rebel millet
The rebel cotton
The rebel sprout
Alone with the offended swallow
Alone among the abandoned childhood
The mutilated desire
Among the distorted star
The shattered emerald
The frightened cowries
The nailed coffins
The shut windows the closed doors
I watch over these countries my country
This country mad about its sons
Mad about its freedom
Infidel to its dreams
My country was not born of a woman…
And yet in my country you see
The sun is a woman the day is a woman
Happiness is a woman dream is a woman
Mercy is a woman singing is a woman
And I was born of women’s singing
Come
Let us share the star that fell last night
Behind the Prophets’ slumber
I love looking at
Senegal falling asleep at night on your eyelids
And waking up in your eyes in the morning
You will be the only Miracle of the seagulls
The GREAT LAND
That for which I still want
To live and accept to LOVE

Traduit par Jim Haelin

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site