les veines sauvages traduits en anglais wild veins


LES VEINES SAUVAGES

Tu arrivais du nord

là où le soleil épuise ses

larmes derrière les barreaux du ciel

sur le dos des éclairs je sais là

où tu es descendue chanter

nouant tes cheveux aux épis de  mil

et tu m'attends du coté le

plus divin de ton corps

là où les dieux ont fait

pousser la fraise dans la mangue

Tu es de ce pays

où les hirondelles ont bu tous les soleils

et le ciel toujours cambré de sommeil

Le vent lève ton nom… Boléro

et ta bouche et tes lèvres infaillibles

ont l'arome langoureux des

chemins de miel que j'aime

Je t'aime comme une guérison

j'aime ta gorge apaisante

la saison de ta bouche quand tu ris

j'aime la maison de tes yeux

tu réchauffes mieux que le ventre

de l'ours à midi

Tu es si belle que tu désamorces

la course des météores…

Tu es mon nouveau livre Boléro

les premiers hiéroglyphes d'un nouveau millénaire

Pourquoi veux-tu briser

l'élan des montagnes ?

Pourquoi veux-tu faire taire l'oiseau du désir ?

Depuis bien longtemps

et pour longtemps encore

parce que tu es là

il ne fait plus nuit dans mon cœur

et j'ai fini par réinventer toutes les leurs

et tu as fini par être plus vraie que le conte

tu ne vieilliras pas

jamais tu ne vieilliras en moi

jamais je ne vieillirais en toi

nous aurons la meme route

et elle sera la route de la terre

elle sera le chemin visible aux questions de l'homme

elle sera la réponse à la tristesse des enfants

il n'y aura plus de secret pour aimer

pour chanter pour danser

parce que l'amour nous habite

parce que les mots nous ont livré leur age

parce que la parole a aboli tous les silences

Et pourtant Boléro et pourtant

les Princes de ce pays ont tout dévoré

ils ont tout volé et tout mangé

ils ont mangé la racine et

jusqu'aux pierres qui bordaient la racine

et dans leur hâte ont tout mangé cru

jusqu'au dernier alphabet de ce pays

et voici que ce pays n'existe plus que

dans la mémoire et le sourire fêlé des paysans

Je sais et tu sais Boléro

combien ces Princes ont asséché toutes les saisons de nos espoirs

ils ont tout supplicié

les totems, les soleils, les cours d'eau, les champs d'arachide

les femmes et les vieillards

et les adolescents sont des montres sans remontoirs

des cartes postales d'un pays sans Coran et sans Bible

Mais avec toi Boléro toi l'Aimée le sang de ce chant

avec toi et cet amour que tu portes et

que je porte plus terrible encore

nous vaincrons la mauvaise terre

pour que pas un bras ne manque à l'AMOUR.

Extraits « Les Veines Sauvages »

Les éditions du Carbet, Paris, France

Amadou Lamine SALL
WILD VEINS
You came from the North
Where the sun is depleting its
Tears behind the bars of the sky
On the back of the lightning I know
Where you came down to sing
Binding your hair in tufts of millet
And you are waiting on the most divine
Side of your body
Where the gods have
Pushed the strawberry into the mango
You are from that country
Where the swallows have drunk all the suns
And the sky still bent with sleepiness
The wind lifts your name up… Bolero
And your mouth and your infallible lips
Have the languorous aroma of
The honey paths that I love
I love you like a recovery
I love your appeasing throat
The season of your mouth when you laugh
I love the house of your eyes
You warm better that the stomach
Of the bear at midday
You are so beautiful that you defuse
The trajectory of meteors
You are my new book Bolero
The first hieroglyphs of a new millennium
Why do you want to break
The momentum of the mountains?
Why do you want to silence the bird of desire?
For a long time now
And for a long time still
Because you are here
Il is no longer dark in my heart
And I ended up reinventing all theirs
And you ended up being more real than the tale
You will not age
Never will you age in my eyes
Never will I age in your eyes
We will have the same path
And it will be the road of the Earth
It will be the path visible to men's questions
It will be the answer to children's sadness
There will no longer be any secret to love
To sing to dance
Because love dwells in us
Because words gave us their age
Because speech abolished all the silences
And yet Bolero and yet
The Princes of this country have devoured everything
They have stolen and eaten everything
They have eaten the root and
Up to the rocks bordering the root
And in their haste have eaten everything raw
To the last alphabet of this country
And now this country exists only
In the memory and the broken smile of the peasants
I know and you know Bolero
How much these Princes have drained all the seasons of our hopes
They have tortured everything
The totems, the suns, the streams, the peanut fields
The women and the old men
And the adolescents are watches devoid of winding mechanisms
Postcards from a country devoid of Koran and devoid of Bible
But with you Bolero you the loved one the blood of this singing
With you and that love that you carry and
That I carry ever more so
We will defeat the weedy earth
So that LOVE will not be short of one single arm

Extracts from "Wild Veins"

Carbet Publishers, Paris, France

Amadou Lamine SALL

 

 

AMANTES D'AURORES

Je t'ai cherchée partout et nulle part

entre la fleur et la tige

entre le jour et la nuit

parmi les rires du sommeil

parmi les caresses de l'absence

Où es-tu fille de la nuit

déjà le poème s'essouffle et les mots s'esquivent

la plume danse des arabesques saoule de son vin noir

les voyelles sont distraites

et les consonnes rétives errent en procession

sur le vide de la page qui bâille

Tu seras seule à comprendre ce soir pourquoi

j'écris ce poème de sexe et d'olive de sang et d'amour

Je voudrais te parler dans le ventre de la nuit

à l'heure où des miettes d'étoiles dansent sur ta bouche

de miel et de fièvre

Où es-tu fille de la nuit

je sais que tu reviendras

parce que je suis le fauve de ta tanière

le reptile qui te serpente et qui te ramène à la lumière

du jour

Déjà je mords tes paumes

et chante dans la fraîcheur de tes cheveux

et je n'ai plus d'oreille que pour l'évangile de ton chant

quand l'harmattan du désir

flagelle nos corps

Tout à l'heure quand je te retrouverai

tu me diras l'heure

et plus tard tu me rediras l'heure

nous irons acheter des journaux de droite et de gauche

gauche-droite droite-gauche

Je les lirai de l'est à l'ouest

tu les commenteras du nord au sud

puis nous les disperserons à tous les vents

aux quatre coins de l'analphabétisme et de la faim

Nous irons ensuite écouter les politiciens

il y en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs

des menteurs sérieux graves

des prophètes à la bonne heure

Car il paraît que le COMMUNISME est à bannir pour

la paix du monde

le CAPITALISME à combattre pour la paix

du monde

le SOCIALISME à redéfinir pour la paix du monde

et que pas une nation n'a pris pour idéologie l'AMOUR

Nous irons vivre ailleurs

car Dieu doit habiter ailleurs

Nous ferons des enfants de toutes les races

je t'aiderai à bercer les uns à faire manger les autres

Je sais qu'ils seront beaux nos enfants

et qu'ils n'entrerons pas dans la vie par la grande porte de

l'argent et de l'insolence

ni par celle de la vanité et de la lâcheté

Ils ne seront ni les aînés de la bassesse

ni les benjamins de l'assassinat

J'irai avec toi par toutes les routes offertes aux pas

semer à la berge des souffrances les premiers plants

de la LIBERTE

Nous bâtirons des cités sans maisons et sans rues

sans prisons et sans haine

Manthie j'aurais tant aimé te mentir

te dire qu'aucun petit garçon n'a faim quelque part

sur la Terre

te mentir te dire

que les cimetières ont fermé leurs portes

te mentir te mentir Manthie te mentir

te mentir

pour que tu ne connaisses jamais la haine

pour que tu ne reconnaisses jamais le délire des fauves

pour que tu ne côtoies jamais l'orgueil et la folie sortie de

leurs grottes glacées

Te mentir Manthie

pour t'aimer d'innocence

Merci à toi Binta de Awa l'aurore

ma mère belle comme jamais sept lunes sur une

savane d'argent

Locataire du néant

fou d'une liberté sans terre

le monde est infidèle à mes rêves

Et les femmes sont amputées du rêve d'aimer

les hommes du rêve de vieillir

Les oiseaux du cœur ont donc migré la pleine lune

et je flirte avec des cœurs dégarnis

seul parmi la roche effeuillée

la fête des péchés

parmi l'arachide rebelle

parmi le mil rebelle

le coton rebelle

le germe rebelle

Seul avec l'hirondelle offensée

seul parmi l'enfance délaissée

le désir mutilé

parmi l'étoile faussée

l'émeraude brisée

les cauris effrayés

les cercueils cloutés

les fenêtres fermées les portes fermées

Je veille ces pays mon pays

ce pays fou de ses fils

fou de sa liberté

infidèle à ses rêves

Mon pays n'est pas né d'une femme…

et pourtant dans mon pays vois-tu

le soleil est une femme le jour est une femme

la joie est une femme le rêve est une femme

le pardon est une femme le chant est une femme

et je suis né du chant des femmes

Viens

partageons l'étoile tombée cette nuit

derrière le sommeil des Prophètes

J'aime regarder

le Sénégal s'endormir le soir sur tes paupières

et se réveiller le matin dans tes yeux

Tu seras l'Unique Miracle des goélands

la GRANDE TERRE

celle pour qui je veux encore

vivre et accepter D'AIMER

Amadou Lamine SALL

Amadou Lamine Sall

Poète (SENEGAL)

Lauréat des Grands Prix de l'Académie Française
AURORAS ' LOVERS
I looked for you everywhere and nowhere
Between flower and stem
Between day and night
Among the laughter of slumber
Among the caresses of absence
Where are you girl of the night
Already the poem is out of breath and the words are slipping away
The pen, inebriated by the black wine, is dancing arabesques
The vowels are distracted
And the stubborn consonants are wandering in procession
On the emptiness of the yawning page
You will be the only one to understand tonight why
I am writing this poem of lust, olive, blood and love
I would like to speak to you in the deep of the night
When crumbs of stars are dancing on your mouth
Of honey and fever
Where are you girl of the night
I know that you will come back
For I am the lion of your den
The reptile that serpentizes around you and brings you back
To daylight
Already I am biting your palms
And singing in the coolness of your hair
And I only have ears for the gospel of your voice
When the Harmattan of desire
Flogs our bodies
Soon when I will see you again
You will give me the time
And later on you will give me the time again
We will go to buy newspapers right and left
Left-right right left
I will read them from east to west
You will comment on them from north to south
Then we will throw them in the winds
To the four corners of illiteracy and hunger
We will then go to listen to the politicians
They come in all sizes and colours
Solemn serious liars
Opportune prophets
For apparently COMMUNISM must be banned if
The world is to be at peace
CAPITALISM must be fought if the world
Is to be at peace
SOCIALISM must be redefined if the world is to be at peace
And not one nation adopted LOVE as ideology
We will go to live somewhere else
For God must be living somewhere else
We will make children of all races
I will help you rock the ones and feed the others
I know our children will be beautiful
And that they will not enter life through the large door of
Money and insolence
Nor that of vanity and cowardice
They will neither be baseness's eldest children
Nor murder's youngest children
I will go with you on all the roads that can be walked
To sow on the bank of suffering the first seedlings
Of FREEDOM
We will build cities without houses nor streets
Without jails nor hate
Manthie, I would have liked so much to lie to you
To tell you that hungry little boys do not exist anywhere
On Earth
To lie to you to tell you
That cemeteries have closed their gates
To lie to you to lie to you Manthie to lie to you
To lie to you
So that you never know hate
So that you never recognize the lions' madness
So that you never come into contact with the pride and madness
Coming from their freezing cave
To lie to you Manthie
To love you innocently
Thank you Binta de Awa the aurora
My mother forever beautiful seven moons on a
Silver savannah
Lodger of nothingness
Crazy about a freedom with no land
The world is infidel to my dreams
And women are deprived of the dream to love
Men of the dream to age
The birds of the heart have thus migrated the full moon
And I am flirting with bare hearts
Alone among the plucked rock
The sin festival
Among the rebel peanut
Among the rebel millet
The rebel cotton
The rebel sprout
Alone with the offended swallow
Alone among the abandoned childhood
The mutilated desire
Among the distorted star
The shattered emerald
The frightened cowries
The nailed coffins
The shut windows the closed doors
I watch over these countries my country
This country mad about its sons
Mad about its freedom
Infidel to its dreams
My country was not born of a woman…
And yet in my country you see
The sun is a woman the day is a woman
Happiness is a woman dream is a woman
Mercy is a woman singing is a woman
And I was born of women's singing
Come
Let us share the star that fell last night
Behind the Prophets' slumber
I love looking at
Senegal falling asleep at night on your eyelids
And waking up in your eyes in the morning
You will be the only Miracle of the seagulls
The GREAT LAND
That for which I still want
To live and accept to LOVE

Amadou Lamine SALL

Amadou Lamine Sall

Poet (SENEGAL)


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